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 Bienvenue sur le site de Jean Caille

   (1913-2016)

Dédié à tous les prisonniers de guerre 

 

        DÉROUTE DE L’ARMÉE FRANÇAISE ET SENTIMENT DE TRAHISON FACE AU CHAOS

                Chars français bombardés par les stukas                                            Chars allemands en France

 

 

R. Claudel commente les espoirs déçus des soldats français envers leur armée après quelques mois de la guerre et les premiers affrontements :


« [Au début] Certains se voyaient déjà entrer en Allemagne en vainqueurs. Nous étions bien naïfs, car si nous acceptions la guerre sans enthousiasme, du moins avec confiance, c’était parce que nous ne doutions pas que la France avait du matériel, de l’armement et des chefs qui ne pouvaient que nous conduire à la victoire… »


Puis constatant l’anarchie totale qui règne au sein d’une armée disloquée et en déroute, il fait cette réflexion :


« Comment la France, dont on avait dit qu’elle possédait la meilleure armée du monde, arrivait-elle à pareille déchéance ? […] chacun se posait des questions, sans entrevoir de réponse valable. Est-ce qu’il y avait eu des traîtres à l’échelon le plus élevé ? Cette défaite, sans en avoir eu le temps, à part quelques actions téméraires, mais isolées, de se défendre, ne pouvait guère s’expliquer autrement.»

 Armée française du Nord en déroute         (  http://ches-nazus.fr) 

À cette incompréhension s’ajoute l’humiliation patriotique ressentie par de nombreux prisonniers de guerre. C’est le même sentiment qui s’empare de Marius Bailly qui raconte la déroute de son bataillon situé aux abords de la frontière suisse quelques heures avant d’être faits prisonniers par les Allemands. Son témoignage traduit le désarroi et l’incompréhension des soldats français devant  le chaos qu’ils ont pu observer après leur longue marche sur les routes de France :


19 juin 1940 « […] un kilomètre, une pause incompréhensible ; puis une série de départs, d’arrêts, d’à-coups, pendant lesquels on discute, ce qui achève de nous démoraliser. Les officiers manquent de renseignements et, comme nous, flottent. Nous rencontrons des militaires de toutes armes, sans ceinturon, à bicyclette, à cheval, à pied… On se sent trahis, égarés, perdus… »

Soldats en déroute (Observez ces visages accablés).

D’autant que la pagaille ne touche pas que le secteur militaire, même si lors d’une guerre, on est en droit d’attendre, au moins de ce côté-là, un semblant d’organisation. Yves Durand pointe également le désordre de l’administration civile à tous les niveaux.


« […] gendarmes, préfets, sous-préfets, maires quittaient leur poste, souvent sur ordre ou parfois faute d’ordres, mais toujours en donnant le spectacle d’une administration désorientée… »


La capture des soldats français par les Allemands ne manque pas d’étonner par la rapidité avec laquelle les Allemands sont parvenus à organiser la détention de près de deux millions d’hommes. Comment empêcher l’observateur là-aussi d’imaginer qu’elle n’avait pas été préparée bien en amont ? Sentiment renforcé par tous ces frontstalags qui semblent déjà prêts à les accueillir alors même que la bataille de France vient tout juste d’être engagée et remportée par un ennemi qui, au contraire du soldat français sale et fatigué, semble frais et exempt de la moindre poussière témoignant des combats. Il faut dire que nombre de prisonniers de guerre après avoir vécu l’horreur des batailles ont dû affronter plusieurs centaines de kilomètres de fuite à travers la France. Malheureusement, ils devront, afin d’atteindre les frontstalags, subir encore des heures de marche dans le dénuement le plus complet et dans l’incertitude de leur devenir. Seuls les officiers se verront accorder le privilège de faire la route à bord de véhicules motorisés suscitant d’ailleurs la colère du prisonnier de guerre lambda. L.Quinton précise que certains officiers refuseront et préféreront partager le sort des hommes de troupes. Ainsi témoigne Noël B. de la Mort cité par Quinton,  dans le document intitulé « Vie des prisonniers » :


« Le 28 juin au soir, nous entrons dans Strasbourg par Ostwald. Aux portes de la ville, la foule massée nous regarde défiler. Jamais un si grand sentiment de honte ne s’était abattu sur nous. Nous osons à peine regarder autour de nous. Des officiers français, prisonniers comme nous, passent en camion. Ils sont hués. ‘À pied, à pied’ crient les femmes. Pour nous, nous continuons d’avancer mécaniquement. »


Sur le sentiment de trahison Y.Durand, s’appuyant sur le témoignage des P.G. s’exprime ainsi :


« […] qu’on se soit senti apte à la guerre ou qu’on garde à cet égard le doute, […] on accuse. Une défaite survenue dans de telles conditions ne peut s’expliquer que par la trahison. Cela va chez certains jusqu’à la conviction, encore répandue aujourd’hui d’une trahison au sommet…»


La bataille de France se joua sur quelques semaines, pas plus. Et lors des batailles de la Somme et de l’Aisne, elle était déjà perdue. Pourtant les troupes françaises engagées alors l’ignoraient totalement. Mon père prétend à plusieurs reprises que personne ne reçut d’informations sur l’avancée de la guerre, pas plus les soldats que leurs chefs. On peut donc imaginer que les troupes sont volontairement tenues dans l’ignorance par Weygang (chef des armée à la suite de l'incompétent Gamelin) car, enfin, que se serait-il passé si ces soldats avaient été informés des défaites Alliées. Auraient-ils continué un combat perdu d’avance ? Voici ce que dit L.Quinton à ce sujet :


« Les stratèges français n’avaient pas prévu que les Allemands puissent attaquer par les Ardennes. Les quelques réservistes mal équipés qui y étaient affectés furent balayés par l’assaut des panzers. Le 16 mai 1940, il n’existait plus aucun obstacle militaire entre la Wehrmacht et Paris.[…] Après le remplacement de Gamelin par Weygand et le pénible épisode de Dunkerque, l’armée française n’eut plus à livrer que des batailles ‘pour l’honneur’, sur les front de la Somme et de l’Aisne, qui furent enfoncés le 9 et 10 juin. »


N’est-ce pas déjà là une trahison ? Car combien de soldats sont ainsi morts à titre honorifique ! Mon père, ses camarades et leurs chefs ignoraient totalement au moment où ils ont livré bataille que la guerre était déjà perdue.

Journal "LE MATIN" du dimanche 23 juin 1940

Journal LE JOUR L'ECHO DE PARIS du mardi 18 juin 1940