N'hésitez-pas à laisser un commentaire sur mon livre d'or dans la rubrique "A propos du livre".

 

                                        Vous pouvez aussi bien donner vos impressions sur ce site, laisser vos témoignages si vous avez  un

                                        parent qui a été prisonnier de guerre, poser des questions, voire m'envoyer de vieilles photos en

                                        relation avec cette période,

                                         

                                          Contactez-moi                  Postez vos commentaires                            Forum



 

 

 Bienvenue sur le site de Jean Caille

   (1913-2016)

Dédié à tous les prisonniers de guerre 

 

L'OBSESSION DE LA FAIM

ICRC 26/01/1944 Pologne guerre 1939-1945. Graudenz. Prison militaire, camp de prisonniers de guerre. des prisonniers français vont manger.

« Tout prisonnier, quel qu’il soit, est un homme qui a eu faim. Tous ont souffert de ce mal au moins dans les jours qui ont suivi la capture, dans les wagons pendant le transfert en Allemagne, pendant les premières semaines au camp. […] Ils l’ont connue en eux. Torture physique, creux permanent dans les estomacs vides, affaiblissement et dérèglement des fonctions vitales ; mais aussi obsession morale qui vous vide le cerveau de toute pensée autre que celle de la nourriture absente… »

Yves Durand

 

 

 

 

Ainsi quand Jean évoque le partage de recettes de cuisine dans le camp de transit en France, Y.D en parle comme étant quelque chose de courant dans les camps où les prisonniers éprouvaient le besoin d’imaginer des tables bien garnies, des recettes délicates, tout simplement parce qu’ils en étaient privés depuis bien des mois et qu'ils étaient affamés. Et de citer à l’appui le témoignage de Roger Humblot du stalag II A qui illustre parfaitement le propos :


« Quelle impression désagréable on peut ressentir quand le sommeil ne vient pas parce qu’on a l’estomac vide. Pour accentuer encore cette souffrance, votre mémoire vous rappelle les bons gueuletons d’avant-guerre. Vous voyez comme si vous étiez à table les délicieux hors-d’œuvre qui commençaient le repas ; vous sentez le fumet d’un poulet doré à point qu’on découpe devant vous... »

 

Et Ambrière confirme :

 

" [...] Aussi la faim faisait-elle l'unique pensée de la plupart, et la nourriture le seul objet de leurs conversations. C'est à Trèves que j'ai assisté pour la première fois à cette étrange hystérie collective, que tous les prisonniers ont observée ou connue, et qui consistait dans l'évocation maniaque des glorieuses bâfrées d'autrefois. Il se formait de petites chapelles fiévreuses où l'on se réunissait dans l'unique dessein de parler de mangeaille. Le paysan disait le menu de son repas de noces et les spécialités de son terroir, les gourmets détaillaient la carte de la mère poulard, de Larue ou de Chapon Fin. Des recettes s'échangeaient avec luxe de précisions à faire pâlir un cordon bleu, et les plus enragés prenaient des notes de sorte qu'il s'est écrit dans les premiers temps de la captivités des centaines de livres de cuisine..."

 

Néanmoins note non sans ironie Ambrière  qui connut des conditions de captivité extrêmement pénibles suite à plusieurs tentatives d'évasion et qui souffrit particulièrement de la faim :

 

" La simple hypothèse de disposer un jour, pour soi tout seul, d'une boule réglementaire de quinze cents grammes et d'un paquet de margarine, nous faisait saliver comme des animaux. A la longue, le palais se dégrade. Cinq ans de régime 'jockey' comme disait le langage des stalags, nous avez fait passer le goût des mets savoureux, comme ils ont fait passer à d'autres le goût de l'indépendance et de la fierté."


ICRC  19/04/1943 Posen. Stalag XXI D, Fort VIII, camp de prisonniers.  L’unique pompe à eau de tout le camp.   

ICRC  19/04/1943 Posen. Stalag XXI D, Fort VIII, camp de prisonniers.  L’unique pompe à eau de tout le camp.  

STALAG IIIC ICRC 15/11/1940 WW II 1939-1945. Berlin, Stalag III D, prisonniers de guerre. Distribution de soupe.

Un autre prisonnier, le sergent Depoux,  se désole quant à lui du spectacle dégradant de la distribution de « rab » :


« Tout en dévorant leur gamelle, les hommes ne quittent pas des yeux l’ouverture du guichet et alors, dès que la porte remue, c’est la ruée en masse ; ceux qui sont placés à proximité sont favorisés, et ensuite les forts, les méchants qui éliminent les faibles et les bons d’un geste violent. Tous sentiments humains ont disparu ; il ne reste plus qu’un troupeau de bêtes sauvages affamées qui ne connaissent qu’une loi : celle du ventre. […] Le spectacle devait être intéressant, puisque les habitants du pays venaient de plus en plus nombreux assister à la représentation. »

ICRC 1942 Mark Pongau, Stalag XVIII C. Groupe de prisonniers. V-P-

ICRC 07/05/1943 guerre 1939-1945 Gneixendorf. Stalag XVII B prisonniers de guerre. Distribution de nourriture

René Claudel n’a pratiquement jamais cessé d’avoir faim durant toute la durée de sa captivité. Contrairement à mon père, il a passé cinq années à passer de Kommando en Kommando, et jusqu’aux derniers jours avant la libération, il aura encore dû lutter pour sauver sa vie menacée jusqu’au bout par des soldats autrichiens fanatisés et brutaux.


« La faim était l’unique pensée de la plupart et la nourriture le seul objet de conversation. Certains se réunissaient pour ne parler que des festins d’autrefois ou de ceux qu’ils feraient en arrivant en France. Cela devenait une hantise et décelait bien des protestations des estomacs vides. »


Y.D. note que lorsque des prisonniers de guerre. ont pu prendre en charge les camps et s’organiser, les responsables désignés se sont employés à discipliner l’accès aux maigres rations et à rendre la répartition des colis collectifs équitable. Ce fut même l’une de leur mission essentielle, rempart aux égoïsmes individuels. Ils le firent avec un souci de justice dont Y.D dit qu’il « atteignit sans doute son point de perfection extrême, dans le cadre des petites communautés de bases, auxquels, significativement, les P.G. ont donné le nom de popotes. »

Il cite comme exemple un rapport anonyme sur l’oflag II D :


« Il fallait nous voir mesurer le pain au millimètre près, couper le fromage rond avec un compas, aligner les pommes de terre suivant leur grosseur, servir le jus avec une mesure, partager la soupe à la fraction de cuiller, couper la margarine avec un fil et se reculer pour mieux juger ces parts après avoir fermé un œil […]Et lorsque le partage était terminé, le tirage au sort supprimait les contestations possibles. »


Et on comprend parfaitement le souci de cette équité parfaite qui pourrait faire sourire ceux qui n’ont pas connu la faim et son effet déshumanisant. R.Claudel témoigne aussi de l’importance que cela revêtait pour les P.G et les désordres encourus au moindre écart de différence :


« […] Comme d’habitude, nous avions perçu notre ration de pain pour le lendemain. A ce propos, que de drames ce partage de pain n’a-t-il pas lieu ! Il fallait, et cela était assez difficile, que les parts autant que possible, fussent égales, autrement, que de cris, de disputes et de désaccords cela n’engendrait-il pas ? »


Y.D. souligne également le besoin profond de convivialité chez les prisonniers de guerre français. Il semblerait que les plats cuisinés par les Kommandos eux-mêmes aient été un réel motif de satisfaction propre à supporter la captivité. À travers un très grand nombre de témoignages, les prisonniers de guerre évoquent l’importance et la mémoire de ces repas pris en commun (ce n’est pas Jean qui dirait le contraire ). Son analyse est que cela va bien plus loin que le simple désir de revanche sur la faim. Il y voit la célébration d’un rite social ancestral, « source simple et profonde de sociabilité, particulièrement appréciée chez les Français. » La privation de leur vie sociale tout autant que l’épreuve du manque a rappelé aux Prisonniers la nature élémentaire et vitale de la nourriture et « la valeur de fraternité humaine du bon repas pris entre camarades. »

Il serait à ce sujet intéressant de savoir si ce besoin de convivialité était propre aux seuls français - et donc culturel -, ou s’il s’est exprimé chez les prisonniers de toutes nationalités avec autant de force, soulignant ainsi une nécessité humaine.

ICRC  08/1942 Guerre 1939-1945. Saarburg, Stalag XII F. Camp de prisonniers de guerre.

ICRC archives (ARR) 09/03/1942 Guerre 1939-1945. Moosburg, Stalag VII A. Distribution de colis.

ICRC  08/1942 guerre 1939-1945. Mörchingen. Stalag XII F, prisoners of war camp. cuisine

ICRC 17/10/1940 GUERRE 1939-1945. Ziegenhain. Stalag IX A CAMP DE PRISONNIERS DE GUERRE. TOMBES.

http://secondeguerre.tableau-noir.net/pages12/prisonnierguerre.html          STALAG IIIC