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 Bienvenue sur le site de Jean Caille

   (1913-2016)

Dédié à tous les prisonniers de guerre 

 

LES CORTÈGES DE LA HONTE ET L’INDIGNITÉ DE CERTAINS SOLDATS FRANCAIS

Après avoir subi les horreurs des combats, la débâcle dans une France « ruinée » physiquement et moralement par la guerre, s’être mélangés aux cortèges des populations civiles qui fuient leur demeure en ayant tout abandonné derrière elles, les soldats français sont fait prisonniers les uns après les autres par l’armée allemande. Le pays ne semble plus gouverné et il y a belle lurette que leurs chefs ne reçoivent plus ni ordres ni armes. Ils n’ont d’autre choix que d’accepter la reddition. Pour certains prisonniers de guerre, comme mon père le souligne, il s’agit presque d’un soulagement. Soulagement qui pourrait s’expliquer également selon L.Quinton par la confusion dans laquelle sont plongés les soldats.

LIENS ET DOCUMENTATION

 

Films et Vidéos


Voici un petit film de quelques minutes qui montre les cortèges de soldats prisonniers qui traversent la France en direction de l'Allemagne et du Stalag VI A.

 

Prisonniers à Saint-Valéry-en-Caux

 

Visionnez ce film documentaire sur la débâcle de 1940

 

 La débâcle de 1940

 

ou bien non moins intéressant et colorisé :

 

Invasion de la France, mai juin 1940

 

 

 

 

 

 

Blogs et sites

 

Sur le blog de Tim, vous trouverez un article concernant la capture de son grand-père et des sentiments animant les soldats.

 

Elie Garzaro, cavalier au 71ème GRDI


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ainsi, nous dit-il :


"La façon dont la guerre a été menée, la rapidité de la défaite française, les mouvements de panique collective lors de la débâcle et pour finir leur capture aura provoqué chez les soldats-prisonniers un étrange sentiment d’irréalité résultant d’une complète perte  de repères. "


Face à cette anarchie, tranche sérieusement l’attitude des soldats allemands, calmes, organisés, assez souvent décrits comme compréhensifs et corrects avec les populations civiles (comme ils le seront dans certains Stalags avec les prisonniers de guerre par la suite). Même si Y. Durand nous rappelle qu’il faut se garder de faire des généralités en précisant que le comportement des Allemands a été très variable selon les témoins. Certains déplorent au contraire "les brutalités, les fouilles intempestives et les larcins collectifs" voire même les violences sur les civils qui cherchent à venir en aide aux prisonniers. Néanmoins les deux auteurs sont d’accord pour estimer que, souvent, les gardiens allemands ont cherché à réconforter les soldats, à partager leurs rations voire se sont rendus complices de certaines évasions, suscitant le respect :


« D’aucuns, parmi les prisonniers, sont saisis de respect, sinon d’admiration devant leur jeunesse, leur armement bien adaptés à la guerre moderne. Les Allemands ne refusent pas le contact et en profitent pour répandre […] quelques propos lénifiants ou porteurs d’espoir sur la libération prochaine… »  Y.Durand

 

Et pour L. Quinton,


« Il ne faut pas sous-estimer la forte impression que firent la discipline, la jeunesse et la propreté des vainqueurs sur les soldats français épuisés. »


 


Ils sont donc des centaines de milliers de vaincus, sales, affamés, assoiffés, complétement épuisés et démoralisés, à marcher pendant des journées complètes (le plus souvent sous un soleil de plomb) en direction de camps de fortune où ils ont à peine le temps de se reposer qu’il est déjà temps de repartir. Sur la route, ils continuent à constater l’état de délabrement du pays. Certains civils les encouragent et leur tendent des quignons de pain. La plupart du temps, les Français sont désolés et en totale empathie avec leurs soldats défaits. Ambrière donne de nombreux exemples de sollicitude de la part des populations civiles, qui parfois n'hésitent pas, malgré les risques et les coups, à essayer de venir en aide aux vaincus ou à leur témoigner des marques d'amour :


" ...et presque chaque bourg où je suis passé me rappelle quelques visages amicaux. A Blamont, cette vieille femme qui de son balcon nous jetait des fleurs, comme si nous eussions été des vainqueurs, et sur le pont ce petit vieux d'humble allure, le chapeau dans sa main tremblante, les paupières toutes rouges d'avoir pleuré, et qui ne cessait de répéter d'une voix cassée 'Salut, messieurs. Salut messieurs. Salut...' [...] Je me rappelle aussi la côte de Bettborn, qui porte une ferme à son sommet. En gravissant la pente nous apercevions, à travers les haies, les tâches vives d'une lessive étendue [...] Sur un fil, une blouse bleue, une chemise blanche, une taie d'édredon rouge composaient en clair, sur un ciel de chez  nous, le plus innocent mais le plus péremptoire des drapeaux français. [...] ce drapeau de fortune, flottant au sommet de Betthorn sous l’œil de l'occupant, nous apparut comme un défi et comme un signe. Il nous enseignait le pouvoir de l'esprit, et que la malice peut bafouer la force en attendant de justes revanches. [...]"

 

Mais le désespoir, la honte pour certains est très forte quand d’autres sont trop épuisés pour seulement pouvoir penser; ils suivent à la manière d’un troupeau de mouton.

Alors, seuls quelques-uns tentent de s’évader. Les témoignages là aussi sont concordants avec celui de mon père qui donne comme excuse à son manque d’allant, l’état d’épuisement physique et moral dans lequel il se trouvait. Y. Durand illustre ainsi cette « docilité » des français prisonniers, en se référant à l’état d’esprit de l’écrasante majorité des Français après la débâcle qui les fragilise, voire les paralyse :


« Ils en (la débâcle) subissent de plein fouet, dans leur esprit, l’ébranlement moral, le plus souvent aggravé, dans leur corps, par le choc physique de longues marches, du manque de nourriture, des bombardements qui ont précédé la capture. Les conditions même de celle-ci frappent d’hébétude la plus grande partie de ces hommes […] Survenant dans les conditions où elle se produisait, hors de toute logique, dans la pagaille massive, la capture crée une situation imprévue qui paralyse les réactions […] Les captifs sont saisis d’un sentiment d’impuissance, conscients, la débâcle les ayant mêlés aux civils, d’avoir participé à un effondrement du pays. Les marches affolées avec des officiers perdus ou eux-mêmes désorientés pouvaient-elles être autre chose que le prélude à un écroulement général ? À l’issue, toute résistance a paru dérisoire, et vaine toute réaction autre que l’acceptation passive du sort du vaincu. Comment croire que tout n’est pas fini devant une telle expérience personnelle du désastre… »


Il cite les mots d’un capitaine d’infanterie qui vient d’être fait prisonnier et fait partie des longues files de marcheurs :


« Je marche comme un somnambule : toute la fatigue accumulée de ces derniers jours, la faim, la soif surtout, et l’émotion de ces dernières heures, tout cela m’a vidé de tout ressort. »


Mais, il donne également d’autres explications possibles. Il prétend notamment que les Allemands s’assuraient de la docilité des soldats en leur faisant croire qu’en cas d’évasion, leurs camarades en subirait les conséquences immédiates. Certains parmi ceux qui avaient une ferme eurent même la possibilité de retourner chez eux travailler à condition de rentrer dormir au camp tous les soirs. Pour autant, même si quelques-uns en ont profité pour s’enfuir, d’aucuns se sont laissés embarquer en Allemagne craignant que l’on ne s’en prenne à leur famille. Qui peut leur en vouloir ? D’autant que Y. Durand accrédite la croyance dans une démobilisation prochaine et un retour au foyer qu’avaient les P.G. tout comme il affirme que s’évader faisait courir un danger réel aux soldats qui, s’ils étaient repris, étaient considérés comme des déserteurs par l’ennemi. Après plusieurs jours de marche, c’est donc défaits et plutôt dociles que les soldats français commencent leur vie de prisonniers de guerre dans des Frontstalags (sortes de camps de transit spécialement aménagés pour eux aux quatre coins de la France).

ICRC 6/6/41 La Fère. Frontstalag 192. Camp de                  ICRC archives (ARR) 29/5/41 Rennes. Frontstalag    133 prisonniers de guerre. Détenus partant                                    Camp allemand de prisonniers de guerre.                       

pour le travail.    V-P-HIST-03441-04A                                       Alignement de baraques.
                                                                           

                                                                                                                          

 

ICRC archives (ARR) 26/05/1941 Laval (Mayenne). Frontstalag 132. Camp de prisonniers de guerre. Arrivée d'un détachement de travail. V-P-HIST-03441-01A


ICRC 21/5/41 Chartres. Frontstalag 153. Camp de prisonniers de guerre. L'entrée du camp.

 

ICRC 29/05/1941Savenay. Frontstalag 232. Camp de prisonniers de guerre. Vue d'une partie du camp.   

 

ICRC archives (ARR) 29/05/1941Saveney. Frontstalag 232. La

corvée de pommes de terre. Des prisonniers de guerre français

 

Durant les longues marches passées à gagner ces frontstalags, une fois à l’intérieur et même pendant la guerre, Jean signale plusieurs exemples d’indignités parmi les troupes françaises qui l’ont particulièrement choqué. Il cite par exemple des soldats qui ont pillé et souillé ‘gratuitement’ les maisons allemandes lors de la drôle de guerre. Il raconte la sauvagerie de certains affamés envers un pauvre curé ou encore les bagarres pour quelques miettes de pain… Concernant l’action de vandalisme, J. P Sartres a été le témoin des mêmes scènes que Jean. Il s’agissait également de soldats français (en déroute) mais cette fois-ci en territoire français ! Un autre témoin, Raymond Guérin parle de « temps de la sottise » pour décrire toutes ces scènes de pillage et de destructions volontaires. Mais selon certains témoins, cette façon de se comporter « en barbares » est plus à mettre au compte de l’anarchie du moment, de l’incompréhension et de la perte de repères qu’a occasionné cette guerre éclair et dont L.Quinton dit, faisant preuve d’une compréhension que je suis loin de partager, que


« ... Rien, ni la dignité, ni la discipline, ne va plus de soi ; et la morale lâche, avec le reste. »


Y.Durand cite le témoignage de Martinet Duffreix cantonné dans un parc à bestiaux après une longue marche et qui, à l’image de Jean, est scandalisé par le comportement de certains soldats :


«Dans ces conditions de vie précaires, les individus réapparaissent à nu et c’est un spectacle bien décevant de voir craquer le vernis de la politesse, de courtoisie, de désintéressement, de simple dignité et de voir apparaître l’animal humain avec son égoïsme et sa laideur.»


Bien entendu, la faim est un facteur aggravant qui peut venir à bout de bien des fiertés. Ambrière en est le témoin :

 

" [...] j'ai vu des hommes disputer à des chiens moins faméliques qu'eux le contenu des poubelles, et je me souviendrai toujours de ce prisonnier qui se jeta à terre pour ramasser à pleines mains, nourriture et poussières mêlées, les restes du repas d'un Allemand qui vidait sa gamelle près de la fosse à détritus."

 

La scène décrite par Jean concernant les soldats qui se ruent sur des miettes de pain jetées par les Allemands cherchant visiblement à tourner les Français en ridicule est évoquée également par le P.G. Pierre Gascar lors de la longue marche vers un frontstalag, preuve qu’elle ne fut pas un phénomène isolé :


« On lance du pain du haut d’un camion, au milieu de la cohue des hommes affamés. Ils se ruent, se bousculent, tendent leurs bras ; certains tombent et manquent d’être piétinés. Tout autour, les soldats allemands photographient ou filment la scène. Avec quelques sourires de satisfaction le public allemand verra dans ses journaux ou dans ses salles de cinéma ces images de la nation française, modèle de civilisation. »


Si L.Quinton y voit le signe de l’état de délabrement psychologique dans lequel se trouvent les P.G. français, il rapporte aussi que de nombreux récits de P.G. font état de l’égoïsme destructeur de certains d’entre eux qui oublient d’être solidaires dans l’épreuve, et à quel point leur comportement est dévastateur, car pour lui cet égoïsme est même


« la bête noire, le cancer même de la captivité. […] Ce vice sépare, désorganise et finalement détruit les fondements même de l’armée.»


La IIIème République est accusée parfois d’avoir laissé se développer un individualisme épicurien propice à faire naître de tels égoïsmes. C’est notamment le sentiment de Jean Mariat qui pose très clairement comme responsable l’idéologie de la IIIème République qui aurait perverti les âmes.


« Pas de camaraderie, pas de solidarité dans cette cohorte de vaincus ! On se battait autour de seaux d’eau. Tous enfermaient soigneusement dans leur musette le pain ou les provisions que des passants leur donnaient pour partager avec leurs camarades. J’ai vu des petites filles – qui couraient avec des biscuits et du sucre – renversées par des brutes, pressées de leur arracher leur offrande. Je n’avais pas de bidon. Il me fallut demander à plus de cinq cents camarades avant que l’un d’eux consentit à me laisser boire une gorgée d’eau à sa gourde. »


Et ce n’est pas forcément les officiers qui donnent le bon exemple car, toujours selon L. Quinton,


« Les galons n’expriment pas nécessairement une valeur, et l’on trouve des ‘bons’ et des ‘salauds’ à tous les niveaux de l’armée. »


Je souscris tout-à-fait à ce point de vue ; il y a des exemples très révélateurs dans « Des champs d’or et de plomb » à ce niveau.

Cependant, Quinton cite le témoignage de Marcel Gillet du Stalag XVIII A qui estime pour sa part que l’égoïsme est un mal bien français. Il le renvoie dos à dos avec la ‘passion du collectif’ allemand.


« Le Français pense ‘dans l’individu’, l’Allemand ‘dans la collectivité’. Nous ramenons tout à nous-même, ce qui est un défaut, eux tout à la nation, ce qui en est un aussi, car cela développe chez nous l’égoïsme, cela détruit chez eux une bonne part de sentiment… »


Mais dans le fond, de telles scènes mêlant bêtise et brutalité n’ont-elles pas toujours existé de la part des militaires de toutes générations et de toutes origines ? La réponse s'impose d'elle-même.